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FRANCIS CABREL

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FRANCOPHONIE
1. Sembene/levinas

POEMES

 

FRANCIS CABREL

je t'aimais,  je t'aime, je t’aimerai

     Paroles et musique de Francis Cabrel
 

     TEXTE DE LA  CHANSON
 

          Mon enfant nue sur les galets
          Le vent dans tes cheveux défaits
          Comme un printemps sur mon trajet
          Un diamant tombé d'un coffret

          Et quoi que tu fasses
          L'amour est partout où tu regardes
          Dans les moindres recoins de l'espace
          Dans le moindre reve ou tu t'attardes
          L'amour comme s'il en pleuvait
          Nu sur les galets

           Le ciel prétend qu'il te connaît
           Il est si beau c'est sûrement vrai
           Lui qui ne s'approche jamais
          Je l'ai vu pris dans tes filets

          Le monde a tellement de regrets
          Tellement de choses qu'on promet
          Une seule pour laquelle je suis fait
          Je t'aimais, je t'aime et je t'aimera
         Et quoi que tu fasses 

           L'amour est partout où tu regardes
          Dans les moindres recoins de l'espace
         Dans le moindre reve ou tu t'attardes
          L'amour comme s'il en pleuvait
          Nu sur les galets
 

          On s'envolera du même quai
          Les yeux dans les mêmes reflets
           Pour cette vie et celle d'après
          Tu seras mon unique projet
 

          Je m'en irai poser tes portraits
          À tous les plafonds de tous les palais
          Sur tous les murs que je trouverai
          Et juste en dessous j'ecrirai

          Que seule la lumière pourrait...
          Et mes doigts pris sur tes poignets
          Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai



 
 
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FRANCOPHONIE

Sembene Ousmane: Les bouts de bois de Dieu

N'Deye Touti, après avoir, sur l'ordre de Ramatoulaye, préparé Le lait de "Grève", retroussa les manches de sa blouse dont elle n'avait pas mis les boutons supérieurs et posa sur sa tête un foulard à fond vert semé de grains de café noirs donr elle noua les deux extrémités sous son menton.  Par-dessus la blouse, elle enfila un pagne et, considérant d'un œil rêveur ses espadrilles, les trouva trop larges pour ses pieds qu'elle avait longs et bien cambrés.  N'Deye, comme on l'appelait, était jolie et savait qu'elle était la coqueluche des garçons des environs.  Avant la grève, elle fréquentait l'école normale de jeunes filles ce qui lui donnait une nette supériorité sur les garçons mais en même temps faisait d'elle l'écrivain public du quartier.  En écrivant leurs lettres d'amour ou leurs requêtes, en remplissant leurs feuilles d'impôts, elle se sentait de plus en plus éloignée de tous ceux qui formaient son entourage.  Elle vivait comme en marge d'eux; ses lectures, les films qu'elle voyait, la maintenaient dans un univers où les siens n'avaient plus de place, de même qu'elle n'avait plus de place dans le leur.  Elle traversait l'existence quotidienne comme en rêve, un rêve où se trouvait le Prince Charmant des livres.  N'Deye ne savait pas exactement qui serait ce Prince Charmant ni quelle serait la couleur de sa peau, mais elle savait qu'il viendrait un jour et qu'il lui apporterait l'amour.  Les gens parmi lesquels elle vivait étaient polygames et NDeye n'avait pas tardé à comprendre que ce genre d'union exclut l'amour, du moins l'amour tel qu'elle le concevait.  Et cela lui avait permis de mesurer ce qu'elle appelait leur "absence de civilisation." Dans les livres qu'elle avait lus, l'amour s'accompagnait de fêtes, de bals, de week-ends, de promenades en voiture, de somptueux cadeaux d'anniversaire de vacances sur des yachts, de présentations de couturiers; là était la vraie vie et non dans ce quartier pouilleux, où à chaque pas, on rencontrait un lépreux, un éclopé, un avorton.  Lorsque NDeye sortait d'un cinéma où elle avait vu des chalets faîtés de neige, des plages où se bronzaient des gens célèbres, des villes aux nuits éclaboussées de néon, et quelle rentrait dans son quartier, elle avait comme des nausées, la honte et la rage se partageaient son cœur.  Un jour, s'étant trompée de programme, elle était entrée dans un cinéma où l'on projetait un film sur une tribu de Négrilles.  Elle s'était sentie rabaissée au niveau de ces nains et avait eu une envie folle de sortir de la salle en hurlant: "Non, non"! ce ne sont pas de vrais Africains!  Un autre jour alors qu’étaient apparues sur l'écran les ruines au Parthénon, deux hommes derrière elle s'étaient mis à parler à haute voix.  N'Deye s'était dressée comme une furie et leur avait crié en français: "Taisez-vous donc ignorants!  Si vous ne comprenez pas, sortez!" En fait, NDeye Touti connaissait mieux l'Europe que l'Afrique, ce qui, lorsqu'elle allait à l'école, lui avait valu plusieurs fois le prix de géographie.  Mais elle n'avait jamais lu un livre d'un écrivain africain, elle était sûre d'avance qu'une telle lecture ne lui aurait rien apporté.
N'Deye, tout en s'approchant de la porte de la palissade, se souvenait du jour où pour la première fois elle avait senti s'opérer en elle ce qu'elle nommait son "évolution vers la civilisation." C'était durant ses premières années d'école, à l'époque où elle tenait un journal intime, queue avait déchiré depuis parce que dans le milieu où elle vivait "il ne se passait rien de sensationnel," à l'époque aussi où ses jeunes seins avaient commencé à pointer.  Un jour, au cours de la leçon de couture, elle s'était confectionné un soutien-gorge.  Tant qu'elle avait été au milieu de ses camarades de classe, elle avait fièrement arboré son œuvre, sans gêne et sans complexe, mais, rentrée chez elle pour les vacances, elle avait caché l'objet.  U soir, sous la couverture, elle mesurait du doigt la croissance de ses seins et se torturait à la pensée qu'un jour ils tomberaient comme ceux des autres femmes dont elle regardait à la dérobée les poitrines plates ballotter sous les pagnes.  A cette idée, elle éprouvait un véritable malaise.  Un soir par négligence, elle rentra, à la maison avec le soutien-gorge.  Ce fut Mame Sofi à la langue pointue qui l'aperçut:
-Hé, venez voir, venez voir!  Il y a une vache pleine qui se promène tout habillée dans la maison sur deux pattes!
N'Deye Touti avait pleuré de honte malgré les consolations de Ramatoulaye sa petite mère qui lui avait ordonné de conserver le soutien-gorge puisqu'il lui plaisait.  Mais depuis ce jour-là, elle s'était considérée comme enfermée dans un enclos.

Sembene Ousmane, Les bouts de bois de Dieu, édition le livre contemporain, Paris, 1969, pp. 101-2



Emmanuel Levinas: Derrière la couleur, un visage

Le Nouvel Observateur - Comment trouver dans votre œuvre philosophique des armes pour combattre le racisme? 
 Emmanuel Levinas. - Le racisme est la suppression du discours entre les êtres humains. C'est ce discours qu'il faut rétablir.  Il faut pour cela posséder et dispenser une grande culture.  La culture humaine est la conscience sans cesse avivée de la possibilité du discours.  Parmi les modes possibles de relation avec le réel, la rencontre interhumaine est exceptionnelle pour la simple raison que le fait de la parole, son existence, est exceptionnel.
N.O. - Est-ce que le cadre idéal du discours se trouve dans un régime politique particulier ?
E. Levinas. - Oui.  C'est sans aucun doute la démocratie.  C'est le lieu de circulation du discours, de l'échange, de la parole.
N,O. - Que peut-on dire à un raciste? .
E.Levinas. - Arriver à lui faire reconnaître qu'il faut voir le visage de l'autre.  La couleur ne m’empêche pas de voir le visage.  Le visage n’est pas la couleur des yeux ou la forme du nez.  Il est le proche, celui à qui je dis "tu".  Il est ce qui transcende les différentes formes.  Mais avant d'arriver à voir le visage, il faut de la culture, de l'éducation, de la vraie philosophie.  C'est une entreprise de longue patience.
N.O. - Vous avez écrit: "Le racisme constitue une épreuve qu'il faut surmonter plutôt qu'un problèrne qu'il s'agit de résoudre." Où est la différence?
E. Levinas. - Dans le concept de problème, il n'y a pas d'idée de permanence.  Or le racisme est constamment à surmonter.  Il est l'un des modes fondamentaux de l'humain.  Ce n'est jamais fini.  Encore une fois, le racisme renie le visage.  Il est lui-même sans visage.  Il s'enfonce dans une nuit où les hommes ne se voient plus.  Le racisme est une tentation permanente car il est la pente la plus facile de l'humain.  Ne Plus voir le visage, c'est refuser notre responsabilité à l'égard d'autrui.  Or c'est précisément l'éternelle tentation: refuser la responsabilité.  Le racisme présente Histoire des hommes comme l'histoire d'un troupeau..
C'est l'homme, son visage, sa parole qu'il faut alors ressusciter.  Rien n'est facile. Mais tout est possible.
N.O. - Comment en êtes-vous venu à donner à la relation interhumaine, à la rencontre du visage, au regard sur l'autre la première place dans votre pensée?
 E.- Levinas. - C'est lié au mode de vie qui était celui de mon entourage familial et  à la lecture de certains livres, dont la Bible, où j'ai reconnu très tôt le souci de  constituer l'humanité, c'est-à-dire un ordre moral intégral, en partant des données  concrètes de l'humanité réelle. 
N.O. - Vous vous référez à Platon et à la Bible comme à des œuvres contemporaines. En quoi sont-elles au cœur de notre actualité?
  E. Levinas. - La véritable actualité, c'est l'affirmation selon laquelle au-delà de l' Etre il y a le Bien. Elle se trouve dans Platon et dans la Bible. 
 C'est toujours cette dimension morale de l'interhumain que j'ai cherchée dans les 
 ouvrages philosophiques. 
 N.0 - Comment apparaît-elle dans la Bible? 
 E. Levinas. - Tant qu'Adam est seul, sans sa compagne, la création du monde n'est  pas achevée. Et dès le deuxième épisode, on trouve le draine d'Abel et Cain. La  Bible est un drame en effet, un livre où cherche à s'établir une corrélation entre humains, avec les échecs que cela comporte, les difficultés qui s'instaurent avec la séparation et la multiplicité. Or la Bible est le livre fondamental de toute l'Europe, et pas seulement pour les juifs. La paix entre les hommes, la justice, et l'extension de cette proximité à toutes les dimensions de la dispersion humaine. C'est tout ce qu'elle apporte et nous demande! La Bible et les Grecs, c'est toute la culture européenne, une culture de la paix malgré tant de guerres !
 N.O. - Vous avez écrit en substance que la nature de l'homme, le fait qu'il puiss être bon, était le problème philosophique le plus actuel...
 E. Levinas. - Ce sont les questions d'aujourd'hui. Notre Etat européen moderne est fondé sur la démocratie, elle-même issue de la justice, qui prend en compte la responsabilité pour autrui. La phrase de Goethe "Gut sei der Mensch", que
 l'homme soit bon... La voilà, l'actualité. Des philosophes insistent sur l'idée de la persistance des étants dans l'être, du
 désir d'être, de l'effort d'être du conatus spinoziste comme idéaux de la culture. Heidegger définit l'humain par l'être qui se soucie d'être. Etre, c'est vouloir être, Mais le verbe être serait alors corrélatif de violence. Advienne que pourra pourvu
 que je sois! La rencontre d'autrui a cependant déjà ceci d'exceptionnel parmi tous les événements humains qu'elle peut prendre la priorité sur le souçi d'être. Rencontrer autrui, c'est dire bonjour. Shalom. Paix. Comment allez-vous? Voici que je me mêle de votre vie.  C'est le moment essentiel où la différence raciale peut passer au deuxième plan.  Vision du visage ! Le visage, c'est autrui, comme celui à qui je me dois, dont j'ai à répondre.  Le visage, c'est quand on commence à dire, selon les coutumes de la courtoisie: "Après vous, monsieur."
Mais voici le troisième homme.  Lui aussi est tout pour moi.  A lui aussi je me dois.  Après la charité, la justice.  A partir du troisième homme, la naissance de l’état est nécessaire.  Il faut quelqu'un qui puisse apporter l'autorité du jugement.  Nous irons vers les idéaux grecs, vers un Etat issu de la charité mais se dirigeant vers la justice.  Car le souçi d'autrui demeure présent dans l'idéal de justice que seul l’état peut garantir.  Et c'est l’état démocratique seul qui désigne le moment où l'on passe de la charité à la justice.  Du couple d'Adam et Eve à une société de trois ou plus.  Dans l'Etat démocratique, la justice elle-même est soumise à un contrôle et le pouvoir peut se renouveler: deux conditions essentielles pour éviter le refus du visage de l'autre.

Propos recueillis par CATHERINE DAVID


POÈMES
 

LEOPOLD SÉDAR SENGHOR

SÉNÉGAL

Femme noire

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est
                                                                [beauté
J'ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains 
                                                [bandait mes yeux.
 Et voilà qu'au coeur de l'Été et de Midi, je te découvre, 
                  [Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l'éclair
                                                                  [d'un aigle.

Femme nue, femme obscure !
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, 
                             [bouche qui fais lyrique ma bouche 
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux
                                 [caresses ferventes du Vent d'Est 
Tam-tam sculpté, tam-tam qui grondes sous les doigts 
                                                            [du Vainqueur 
Ta voix grave de contre-alto est le chant spirituel de 
                                                                    [IAimée 
Femme nue, femme obscure !
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de 
                    [l'athlète, aux flancs des princes du Mali 
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur 
                                                        [la nuit de ta peau
Délices des jeux de l'esprit, les reflets de l'or rouge sur 
                                                   [ta peau qui se moire.
A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux
                                     [soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire !
je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans
                                                                 [l'éternel
Avant que le destin jaloux ne te réduises en cendres
                              [pour nourrir les racines de la vie.

Chants d'ombre, Le Seuil, 1945.
 

FRANCIS BEBEY

CAMEROUN

Ma vie est une chanson

On me demande parfois d'où le viens 
Et le réponds «je n'en sais rien 
Depuis longtemps je suis sur le chemin 
Qui me conduit jusqu'ici
Mais je sais que je suis né de l'amour
De la terre avec le soleil »

Toute ma vie est une chanson
Que je chante pour dire combien je t'aime
Toute ma vie est une chanson
Que je fredonne auprès de toi

Ce soir il a plu, la route est mouillée
Mais je veux rester près de toi
Et t'emmener au pays d'où je viens
Où j'ai caché mon secret
Et toi aussi tu naîtras de l'amour
De la terre avec le soleil

Toute ma vie est une chanson
Que je chante pour dire combien je t'aime
Toute ma vie est une chanson
Que je fredonne auprès de toi

Inédit.